Le vêtement – In « Être Deux » de Luce Irigaray

Il y a peut-être une origine historique à ce « destin » féminin. Il naît à une époque qui exige que la femme soit vêtue, alors que l’homme reste nu. Cela correspond peut-être au passage du matriarcat au patriarcat, ou plutôt à celui de l’amour charnel, duquel la femme est reine, à la phallocratie. Athéna et Apollon seraient des traces figurées d’une telle transition.

Il semble que, dans la suite, le vêtement de la femme soit devenu plus important que sa peau, et que l’on ai oublié que les femmes sont plus spirituelles que les hommes au niveau de ce tissu corporel lié génétiquement au mental.

Privilégier le vêtement recouvre pour le féminin, un lieu de son être spirituel. Se soucier de devenir une belle apparence par recours à l’artifice signifie souvent, pour la femme, renoncer à la spiritualité de sa peau, plus humaine et plus mentale que celle de l’homme.

La caresse, qui fait déchoir la femme – dans l’enfance, dans l’animalité, dans la perversité – et qui renvoie l’homme à son « Dieu », écarte la femme de son chemin spirituel. L’homme s’en approprie, et en capte une part d’énergie pour poursuivre sa propre voie.

A partir de ce moment, le devenir de l’un et de l’autre est altéré, perverti. La femme retombe dans l’absence d’intelligence, de pensée, et l’homme élabore sa culture à partir de la soumission et de l’appropriation de l’autre mais ne devient pas pour autant spirituel en tant qu’homme. Son esprit reste domination, possession, capture mais non chemin vers une intériorité masculine.

Quand la caresse n’est pas appel pour chacun à retourner à soi, à sa propre intériorité, quand elle n’est pas pour la femme, éveil à communiquer, aussi mentalement, elle est geste corrompu et coupable de la part de l’homme ou des deux.

(…)

Ce n’est plus dans la fusion ou l’extase de l’Un que se surmonte alors le dualisme entre sujet et objet, mais dans l’incarnation du deux, un deux irréductible à l’un : l’homme et la femme.

Le choix ne se tient pas entre dualité et non-dualité mais dans la recherche de un deux-fois-un, qui laisse à chacun(e) sa propre unité, limitée par son incarnation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *